La voie du chamane (Michael Harner)

Cycle 4 : Le néo-chamanisme en France

2026-2027

Ce que l’on appelle aujourd’hui néo-chamanisme ne correspond pas à la simple survivance de traditions anciennes, mais à une reconstruction moderne, largement façonnée au 20e siècle par des médiations savantes, éditoriales et militantes. Révélateur des recompositions contemporaines du religieux, il répond à des attentes liées à la quête de sens, la guérison intérieure, la transformation de soi et la recherche de formes alternatives de rapport au vivant, et ne se réduit pas à une médecine parallèle, ni à une simple spiritualité de bien-être: il constitue un espace où se redéfinissent les frontières entre soin, ritualité, subjectivité et rapport au monde. 

La voie du chamane (Michael Harner)

 

Couverture du livre "La voie du chamane" de Michael Harner.

 

Lundis 11, 18 et 25 janvier 2027 (uniquement en ligne)

 

Le néo-chamanisme en France: recompositions du religieux, imaginaires de l’ailleurs et circulations transnationales

Lundi 11 janvier   

Cette première conférence proposera une introduction générale au néo-chamanisme dans la France contemporaine, en le replaçant dans l’histoire longue des réceptions occidentales du chamanisme et dans le contexte plus large des spiritualités contemporaines. Il s’agira d’abord de montrer que ce que l’on appelle aujourd’hui néo-chamanisme ne correspond pas à la simple survivance de traditions anciennes, mais à une reconstruction moderne, largement façonnée au 20e siècle par des médiations savantes, éditoriales et militantes, notamment à travers les travaux de Mircea Eliade, les récits de Carlos Castañeda et, de manière décisive, le Core Shamanism élaboré par Michael Harner. La conférence examinera ensuite la manière dont ces références ont nourri, en Europe et en France, un imaginaire de l’ailleurs fondé sur l’idéalisation de figures extra-européennes perçues comme dépositaires d’une sagesse primordiale. Dans cette perspective, le néo-chamanisme sera abordé non comme un simple emprunt exotique, mais comme un révélateur des recompositions contemporaines du religieux: il répond à des attentes liées à la quête de sens, à la guérison intérieure, à la transformation de soi et à la recherche de formes alternatives de rapport au vivant. Son succès s’inscrit ainsi dans une culture thérapeutique où les langages de l’émotion, du bien-être et du développement personnel occupent une place centrale.
 

Appropriations de l’altérité et fabrique de l’authenticité: enjeux identitaires du néochamanisme

Lundi 18 janvier   

Cette deuxième conférence examinera la manière dont le néo-chamanisme contemporain se construit à partir d’un ensemble d’emprunts, de réinterprétations et de mises en circulation de pratiques, de symboles et de figures associés à des ailleurs culturels valorisés comme plus originels, plus spirituels ou plus proches de la nature. Il s’agira de montrer que le recours à l’altérité – amérindienne, sibérienne, mongole, celtique ou encore africaine – ne relève pas seulement d’un goût pour l’exotisme, mais participe d’une véritable fabrique de l’authenticité, par laquelle des pratiques contemporaines cherchent à se légitimer en se rattachant à des traditions perçues comme anciennes, indigènes ou primordiales. La conférence mettra également en évidence que le néo-chamanisme, tel qu’il se déploie aujourd’hui en France, ne peut être dissocié de circulations transnationales de pratiques, de récits, de symboles et d’objets. Décliné sous des formes dites celtiques, sibériennes, amazoniennes ou amérindiennes, il procède d’un vaste travail de sélection, de déplacement et de réinterprétation d’éléments puisés dans des contextes culturels hétérogènes. L’enjeu sera alors d’appréhender ce phénomène sans l’enfermer dans l’opposition réductrice du vrai et du faux, mais en le considérant comme une forme religieuse contemporaine à part entière, située à l’intersection de la mondialisation culturelle, des usages sociaux de la tradition et d’un désir renouvelé de relation avec des entités plus-qu’humaines.
 

Dans cette perspective, il ne s’agira pas seulement d’interroger ce que le néo-chamanisme emprunte à l’Autre, mais aussi de comprendre ce que ces appropriations révèlent des sociétés occidentales contemporaines elles-mêmes. Ces pratiques parlent moins d’une fidélité à des traditions d’origine que d’un besoin de réenchantement, de guérison, de transformation de soi et de redéfinition du rapport au vivant. Elles donnent ainsi à voir les tensions qui traversent la modernité tardive: entre individualisation du croire et quête d’authenticité, entre imaginaire de l’ailleurs et recompositions identitaires, entre aspiration à la relation et consommation symbolique de la différence culturelle. 


Cette réflexion permettra enfin d’introduire une interrogation de fond: dans quelle mesure le néochamanisme participe-t-il à l’émergence d’un certain animisme occidental, ou convient-il plutôt de l’analyser comme un dispositif rituel relativement autonome, fondé sur sa cohérence interne, son efficacité symbolique et les formes d’expérience qu’il rend possibles ?
 

 

Rituels, thérapies et quête de soi : les usages contemporains du néo-chamanisme

Lundi 25 janvier 

 

Cette troisième conférence portera sur la dimension thérapeutique du néo-chamanisme et sur les raisons pour lesquelles ces pratiques rencontrent aujourd’hui un écho si important dans les sociétés occidentales. Il s’agira d’examiner la manière dont les séminaires néo-chamaniques s’inscrivent dans une culture thérapeutique contemporaine où les individus cherchent, à travers le rituel, non seulement un soulagement de la souffrance, mais aussi une transformation de soi, une redéfinition de leur trajectoire personnelle et une forme de réorientation existentielle. Dans cette perspective, le néo-chamanisme sera abordé comme un dispositif rituel du soin, dont l’efficacité repose moins sur une doctrine stabilisée que sur une mise en forme symbolique de l’expérience, sur la centralité du corps, sur le partage émotionnel et sur l’intensité relationnelle produite dans le cadre du séminaire.
 

La conférence montrera également que ces pratiques se situent à l’intersection de plusieurs univers: celui des thérapies alternatives, celui du développement personnel, mais aussi, plus largement, celui des recompositions contemporaines du religieux. Le néo-chamanisme ne se réduit pas à une médecine parallèle, ni à une simple spiritualité de bien-être: il constitue un espace où se redéfinissent les frontières entre soin, ritualité, subjectivité et rapport au monde. On s’intéressera en particulier à la question suivante: qui soigne dans ces contextes ? Le praticien, le groupe, les entités invoquées, le rituel lui-même, ou encore le travail intérieur du participant ? Cette interrogation permettra de mettre en lumière la spécificité de ces pratiques, qui articulent étroitement fragilité individuelle, quête de sens et recherche d’une réparation symbolique. Enfin, cette séance proposera une réflexion sur les limites et les ambiguïtés de cette promesse thérapeutique. Si les séminaires néo-chamaniques peuvent être vécus comme des espaces de soutien, de partage et de réélaboration de la souffrance, ils impliquent aussi des formes de vulnérabilité, d’exposition de soi et parfois de mise à l’épreuve émotionnelle. L’enjeu sera donc de comprendre comment ces pratiques participent à l’écologie contemporaine du soin, en révélant à la fois l’aspiration croissante à des formes holistiques de guérison et les tensions qui traversent aujourd’hui les rapports entre spiritualité, santé et expérience personnelle.

 

Denise Lombardi est anthropologue, chargée de conférences à l’EPHE et membre du GSRL.

 

Cycle de 3 séances au tarif normal de 60 € (réduit: 40 €). Pour vous inscrire (hors bénéficiaires de la gratuité), rendez-vous sur la page dédiée de notre site.